L’écrivain ougandais “torturé” Rukirabashaija arrive en Allemagne

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Un auteur ougandais primé qui a fui son pays après avoir été accusé d’avoir insulté le président Yoweri Museveni est arrivé en Allemagne avec son fils pour se faire soigner après avoir été “torturé” en prison, selon son avocat.

Eron Kiiza, l’avocat de Kakwenza Rukirabashaija, a exprimé mercredi “un grand soulagement” à l’agence de presse AFP, en annonçant l’arrivée de son client.

Le romancier a été emprisonné en décembre puis inculpé de “communication offensante” dans une affaire qui a suscité l’inquiétude internationale.

L’Union européenne faisait partie de ceux qui appelaient à une « enquête approfondie » sur les violations des droits en Ouganda.

Rukirabashaija, 33 ans, s’est échappé d’Ouganda il y a deux semaines – après qu’un tribunal a rejeté sa demande de restitution de son passeport – avant un procès pénal qui devait s’ouvrir mercredi.

Il a déclaré avoir été torturé en détention et est apparu à la télévision plus tôt ce mois-ci pour révéler des marques douloureuses qui sillonnent son dos et des cicatrices sur d’autres parties de son corps.

Rukirabashaija, qui a été libéré sous caution le mois dernier, a fui l’Ouganda en marchant vers le Rwanda voisin à travers la frontière vallonnée, puis s’est rendu dans un pays tiers.

Suite à cela, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés a facilité son voyage vers l’Allemagne, selon Kiiza qui a refusé de fournir plus de détails.

Insulter Museveni
Les accusations portées contre Rukirabashaija sont liées à des commentaires peu flatteurs sur Twitter à propos de Museveni, qui dirige l’Ouganda depuis 1986, et de son puissant fils Muhoozi Kainerugaba.

Dans un article, il a décrit Kainerugaba, un général qui, selon de nombreux Ougandais, se positionne pour succéder à son père de 77 ans, comme « obèse » et « grincheux ».

Le romancier avait précédemment déclaré à l’AFP qu’il prévoyait de rentrer chez lui après avoir reçu des soins médicaux.

“On m’a diagnostiqué des reins endommagés, des côtes contusionnées et un trouble de stress post-traumatique”, a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique depuis un lieu secret au début du mois.

Il a décrit avoir été battu avec des matraques, forcé de danser pendant des heures d’affilée, attaqué avec des pinces utilisées pour déchirer sa chair et injecté à plusieurs reprises avec une substance inconnue.

“Je ne sais pas si j’ai été empoisonné. Je ne me sens pas bien », a-t-il déclaré.

“Bébé despote”
Depuis qu’il a fui, Rukirabashaija tweete sans relâche, se retrouvant même impliqué dans une prise de bec sur Twitter avec Kainerugaba qu’il accuse d’être « responsable » de sa torture et de le qualifier de « bébé despote ».

Des militants des droits de l’homme ont demandé une enquête sur ses allégations de torture et ont exhorté les autorités à abandonner toutes les charges retenues contre lui.

« Il est intolérable que les forces de sécurité ougandaises continuent de torturer et de maltraiter des détenus », a déclaré Oryem Nyeko, chercheur ougandais à Human Rights Watch, un groupe mondial de défense des droits, dans un communiqué au début du mois.

“Au lieu de poursuivre leurs détracteurs pour des tweets, les autorités ougandaises devraient enquêter sur cette affaire et sur de nombreuses autres allégations graves de torture par la sécurité de l’État ces dernières années.”

Rukirabashaija a déclaré au groupe de défense des droits qu’il avait été emmené voir Kainerugaba pendant sa détention et qu’il avait reçu l’ordre d’arrêter d’écrire, mais le général a nié cette affirmation.

« Je ne sais pas qui est ce jeune garçon dont on dit qu’il a été battu ! Je n’ai jamais entendu parler de lui jusqu’à ce que les médias commencent à parler de lui. Je ne l’ai jamais rencontré ni ne lui ai parlé et je n’ai aucune envie de le faire”, a déclaré Kainerugaba sur Twitter.

Série de répressions
L’Ouganda a été témoin d’une série de répressions visant à éradiquer la dissidence, avec des journalistes attaqués, des avocats emprisonnés, des observateurs électoraux poursuivis et des dirigeants de l’opposition violemment muselés.

Les militants ont été ciblés à plusieurs reprises en utilisant la loi stricte sur l’utilisation abusive des ordinateurs qui a été utilisée contre Rukirabashaija et qui est passible de lourdes peines, y compris des peines de prison.

La militante et écrivaine ougandaise au franc-parler Stella Nyanzi, qui a fui en Allemagne plus tôt cette année, a été emprisonnée en 2019 en vertu de la même loi après avoir publié un poème profane sur Museveni.

Rukirabashaija a été acclamé pour son roman satirique de 2020, The Greedy Barbarian, qui décrit la corruption de haut niveau dans un pays fictif.

Il a été arrêté à plusieurs reprises depuis la publication du roman et a déclaré avoir été torturé auparavant lors d’un interrogatoire par le renseignement militaire.

Il a reçu le prix PEN Pinter 2021 pour un écrivain international de courage, qui est décerné chaque année à un écrivain qui a été persécuté pour avoir parlé de ses convictions, et la branche allemande de PEN a fait campagne pour son soutien.

SOURCE : AFP

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