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Dakar, capitale des mendiants

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Dakar présente deux visages. Le dynamisme symbolisé par les immeubles qui poussent comme des champignons. Et l’anarchie marquée par la quantité de la vie. Trop plein d’automobiles. Occupation sauvage de l’espace public. La saleté banalisée et le développement extravagant de la mendicité et du vagabondage. Punis par la loi, mais que personne ne veut traiter par lâcheté et manque de courage moral. La capitale en a fini avec la qualité de la vie. Elle est moche et laide en maints endroits. Le phénomène de la mendicité est une plaie béante.

Elle s’est banalisée. Aucun cœur ne saigne plus face à la décrépitude. C’est un ambassadeur occidental établi jadis à Dakar qui disait en petit comité ce que tout le monde doit ressentir. « À chaque fois que j’arrive au niveau des feux tricolores, j’ai la chair de poule devant le spectacle affligeant des enfants de la rue, pieds nus, en haillons et galeux. Le plénipotentiaire s’est départi de sa langue de bois. Mais ça n’a servi à rien. Le cancer s’est métastasé. Les locaux à faire la manche constitués en majorité d’enfants talibés ne sont plus seuls dans la jungle.

Des nouveaux acteurs originaires de la sous-région arrivent de plus en plus. Le marché est juteux. Il semble que le filon génère plus de trois milliards par an dans notre pays. On a entendu parler des Maliens et Bissau-guinéens. Aujourd’hui, on assiste à un afflux massif de Nigériens.

Près de 500 personnes ont rejoint Dakar
Partis des fins fonds de ce pays situé au cœur du Sahel, très pauvre et dépendant des hivernages de plus en plus rachitiques. En effet, la sécheresse frappe de plein fouet. La famine s’est installée là-bas. Voilà la raison de l’exode. Entre 300 et 500 personnes ont choisi Dakar pour fuir l’extrême pauvreté venue s’agréger à l’insécurité et l’instabilité chronique. Elles ne parlent que leur langue, le haoussa. Sans éducation et analphabètes, les yeux hagards, elles n’ont qu’une seule qualification : la vulnérabilité. Le jour, ces hommes, femmes pères et mères de nombreux enfants pratiquent la mendicité dans les artères de Dakar, cette capitale qui n’a plus d’autorité. Le soir, ils se rassemblent dans un squat aux abords de la trémie (passage souterrain) de l’avenue Cheikh Anta Diop ex-Route de Ouakam, à hauteur du Codesria et l’école Manguiers. La nuit tombée, c’est ici leur chambre, leur cuisine, les toilettes, le terrain de jeu pour les mômes. L’insécurité routière est omniprésente. Les automobilistes passent en vitesse en détournant le regard.

Aucun service social ni d’hygiène n’a encore mis les pieds. Le ministère de la sécurité publique prend des arrêtés pour le parrainage. Le nouveau maire de Dakar s’occupe de son forum de l’eau. Les mairies de commune Fann-Point E-Amitié et Fass-Gueule Tapée-Colobane sont désemparées, voire apathiques. Dakar n’a plus personne pour s’en occuper. Mamadou Dia, le plus ferme d’entre tous, n’est plus là. Les laxistes ont pris les rênes. Le plus essentiel pour eux, c’est la prochaine élection mais sûrement pas la prochaine génération. Chapeau quand même à Sant’Egidio, l’association catholique est passée leur offrir lait et sucre avec des tapes à l’épaule. Elle est venue là plus pour la compassion et moins pour faire du prosélytisme. C’est ce qu’on croit.

Des réfugiés à sauver

Ces Nigériens sont nos frères et sœurs. Il ne faut pas les regarder sombrer. Sinon, c’est tout le monde qui sombre humainement. Il faut en finir avec la démission qui favorise les squats. Mais il faut les traiter dignement. Ils ont besoin d’abris décents. Loin des intempéries. Il leur faut des vêtements, de la nourriture, des médicaments aussi. Il faut voir comment les reconduire chez eux de manière ordonnée. Rien d’humain ne doit nous être étranger. Ce n’est pas un point de détail. Mais la question est large et complexe. Dakar a impérativement besoin d’être repris en main. Le laisser-aller ouvre la porte à la jungle. Dans la jungle, personne ne s’en tire à bon compte. Il est temps qu’on ouvre les yeux en sortant totalement du déni et de l’impéritie. Il faut prendre les événements en main avant qu’ils ne vous saisissent par la gorge.

Assane GUÈYE
Abdoulaye SYLLA (Photos)

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