C’est sans nul doute le procès le plus rocambolesque qui puisse se tenir dans l’histoire de la justice. Elle a pour parties une jeunesse noyée dans une désillusion profonde, bien qu’agissante, et une intelligentsia promue au rang d’auteur d’une crise de perception remarquable. Dame justice se doit de trancher, avec ce qu’on exige d’elle en termes d’impartialité.

Les chefs d’accusation sont au nombre de trois : une défiguration du sens de la culture, une promotion de la médiocrité et une valorisation de l’accessoire au détriment de l’essentiel. Au banc des accusés, siège l’intelligentsia. Nous sommes quelque part sur la terre des hommes, une contrée ou la cacophonie sert de tremplin à la conscience publique. Dans ce pays ou l’on affectionne le thé bu entre amis, et où Dupont semble avoir des affinités vieilles de plusieurs lustres avec Demba, au point qu’une statue représente cette fraternité avec les gens de la métropole, être jeune est comme un sacerdoce des plus complexes. Il faut s’armer d’un courage moral sans mesure pour ne point se voir écraser par les vicissitudes d’une crise de repère inquiétante.

A la barre, la jeunesse dénonce l’auteur du mal en question. En effet, l’intellectuel qui devrait être ce miroir qui reflète l’image d’une culture au vrai sens du terme est comme perdu dans les dédales d’un mal profond. S’il est vrai qu’on lui refusait son originalité jadis, il n’en demeure pas moins qu’il incarne aujourd’hui « un enfant gâté de la culture », avec un cadre d’expression beaucoup plus élargit. Nul mensonge ne sera toléré dans ce procès, excepté ce qu’on peut appeler un « mensonge sincère », pour reprendre les propos de Picasso, parce que tout jeune sait « se déguiser » et cacher sa personnalité.

La culture est aujourd’hui affiliée à une simple accumulation de connaissances. Ce qui fait que la génération actuelle est peu ou point enracinée dans ce qu’il y’a de plus profond dans ce domaine. L’héritage laissé par les pionniers est aujourd’hui troqué par une impénitence, avec pour seul rempart les médias. La plupart de ceux qui sont conviés à ces cadres qu’un grand penseur traite de « joutes oratoires » peine à hiérarchiser correctement les composantes des connaissances d’un domaine précis. La culture doit être synonyme à la fois de savoir, d’éducation, d’évolution et de sens de responsabilité. L’adage l’a parfaitement illustré, au nom de la sagesse africaine : « La culture est la possibilité même de créer, de renouveler et de partager des valeurs, le souffle qui accroit la vitalité de l’humanité. » En effet, les sages du continent noir aiment à assimiler l’homme sans culture au zèbre sans rayures. C’est parce que cela n’a rien à voir avec les diplômes et autres titres universitaires aux élans académiques. Et l’Imam Chàa Fi i de rétorquer à ses contemporains : « Mon savoir m’habite. Il s’installe confortablement dans un coin de mon âme…c’est-à-dire il est plus proche de moi que Ma Bibliothèque !»

Depuis plusieurs décennies, les théories évoquées ca et là pour faire évoluer ce pays n’ont pu servir d’issue au labyrinthe auquel s’est engouffré presque tout un peuple. Et c’est l’une des raisons de cette révolte juvénile. Il n’y a d’héritage que des théories ayant pour fondement le néant. La seule façon de s’en sortir serait sans nul doute de commencer par combattre la crise qui sévit dans ce domaine. Il s’agira d’aider cette « conscience intellectuelle » qui informe, écrit et se présente dans les débats à…cesser d’avoir raison. Cela fait 57 ans, exactement depuis l’acquisition de l’autonomie, que l’on se croit dans une position correcte, mais que les mesures prises sur les plans politique, économique, culturel et social peinent à instaurer l’équilibre. Ne faut-il donc pas moraliser les systèmes même en question ? Bannir toute forme de subjectivité devant cette entreprise appelée à être objective permettrait au pays de bénéficier d’un ressourcement purificateur, parce qu’il s’agira là d’une porte qui ferait office à la fois de sortie de crise et d’entrée vers une ère nouvelle. Il conviendra donc d’éloigner l’acquisition et la transmission de savoir de l’arrogance.

En somme, il s’agit là des arguments avancés par la jeunesse du Sénégal, puisque c’est de ce pays qu’il s’agit. Espérons que l’intelligentsia puisse à son tour se défendre de la façon la plus significative qui soit. En attendant, méditons sur cette prophétie de Serigne Babacar Sy (rta), l’un des plus grands intellectuels et non moins chefs spirituels du 20ème siècle : « La réussite d’une théorie dépend de quatre éléments essentiels : le théoricien lui-même, qui est-il ? Ses adeptes, qui sont-ils ? L’époque ou la théorie se situe et son environnement immédiat… ! »   

Maam Cheikh

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