« En tant que Chrétien, j’ai toujours préféré une belle mort plutôt que de m’emparer d’un pouvoir qui ne m’appartient pas », se confessait assez souvent le président poète Senghor. Ses inconditionnels aiment à rappeler l’amertume peinte d’un état d’ébriété dans lequel le poète natif de Joal se trouva un jour. En effet, l’auteur du recueil poétique Ethiopiques fut choqué par une chose : le fait que ses collaborateurs immédiats affirment que le vocable « pouvoir » coïncide avec le terme « ngour » en wolof –entendons par là une monarchie-. Comme quoi en matière de gouvernance, les termes d’usage chez l’élite en charge de la destinée d’un peuple pèsent pour beaucoup, parce qu’ils traduisent l’état d’esprit avec lequel elle compte gouverner.

Chez nous, le contexte politique est devenu plus complexe. Nous ne sommes plus à l’ère des démêlés Dia-Senghor ou encore des confrontations d’idées qui exigeaient que Wade profite d’un défaut de communication de l’adversaire Diouf pour opérer une « riposte d’idée ». Voila pourquoi cette répétition de l’histoire-le même scénario s’est reproduit en 1992, avec l’exigence de 10.000 signatures aux candidats non affiliés à un parti politique- a choqué plus d’un.

Au-delà des prises de décision d’ordre constitutionnel, il y’a ce qui est, selon Albert Camus, « une protection de la minorité et non une loi de la majorité » : la démocratie. Un principe qui semble méconnu des députés de la majorité qui ricanaient dans la sphère qui leur servait d’hémicycle au moment ou, dans des coins et recoins de Dakar et d’ailleurs, l’on procédait à des arrestations de leaders et de « manifestants anti-parrainage ». C’est que, chez nous, le parlement restera à jamais une citadelle dont l’intérieur ressemble à un plateau de guignols férus des ambiguïtés de la politique politicienne.

C’est le portrait d’un juriste qui fut considéré comme un homme d’ouverture à l’argumentaire pointu et à la sérénité qui avait cessé d’être admiré dans les amphithéâtres de l’Université de Dakar. C’est aussi ce professeur vêtu d’un boubou marron qui, cachant ses yeux derrière des lunettes qu’il ajustait tantôt, confiait sur la tribune des Universités du Ramadan des Moustarchidines le mardi 17 aout 2010 à Yoff : « En matière de constitution, il n’y a pas que l’intérêt étatique, les élections et le prolongement de la durée du mandat présidentiel qui incombe. Le plus important reste la protection des droits des citoyens. »

 Que dire donc de l’amalgame dans lequel il s’est engouffré, et qu’il assimile à « un grand pas pour la démocratie » ? Certaines lois sont comme folles, et la jurisprudence restera à jamais insignifiante face au bon sens.

Au pays des damels et signares, la chose la plus cruciale pour qui enfourche le cap de responsable politique est de commencer par apprendre la psychologie du citoyen sénégalais. Ceux qui se sont rués dehors pour des manifestations sont, pour la plupart, des néophytes de la constitution et des projets de loi. Certains même interpellaient les journalistes sur le terrain pour leur demander le chemin qui mène à l’assemblée nationale. Cependant ils ont plus ou moins un point en commun, et c’est ce qu’on pourrait appeler « la jonction contexte-constat ». Celui-ci prévoit qu’on ne touche pas à une constitution à dix mois d’une échéance électorale, aussi valable soit-elle juridiquement parlant, alors que celui là stipule qu’il y’a des gens qui ont déjà fait leur preuve en termes de «dédoublement de personnage » parce qu’ayant renoncé à leurs principes d’antan. C’est le cas de ce juriste de ministre qui affirmait en cette même nuit de l’année 2010 à Yoff:  « Notre rapport social au pouvoir doit être revu. Le pouvoir ne doit point être mystifié, et nous devons cesser de croire qu’occuper une fonction ministérielle est une forme de réussite. Il y’a des responsabilités beaucoup plus prestigieuses que d’être ministre, député ou président de la république. Un chef d’état n’est point plus responsable qu’un médecin qui soigne au moins trois patients par mois. Cette hypertrophie du pouvoir politique doit être bannie. »

 Comme quoi le peuple a sa loi qu’elle dicte aussi aux gouvernants, bien qu’elle soit dépourvue de toute légalité constitutionnelle. Mais en s’engageant dans un labyrinthe aussi complexe, le ministre de  la justice ne se pense t-il pas « plus légale que ce peuple avant même que la légalité ne puisse trouver un sens suite au recueillement d’avis de la part de l’opposition ? »   

La situation actuelle, plutôt abracadabrante, devrait sans nul doute plaire à Ismaela Madior Fall. C’est comme si c’est son vœu de voir chaque citoyen ne plus admettre complaisamment l’autorité des chefs de l’ordre étatique qui se réalise. Que dire donc de l’aspect juridique de la chose ? Idrissa Seck a dénoncé  une sorte de chantage d’état, Ousmane Sonko une « forfaiture » et El Hadj Issa Sall une modification d’une loi verrouillée il y’a de cela deux ans. Pour ce dernier, la loi sur le parrainage est à la fois grave, impopulaire, inopportune, paradoxale et inapplicable, voire même dangereuse, vu les conséquences auxquelles les forces de l’ordre ont du faire face dehors, tout comme les leaders arrêtés.

Le conte d’Andersen nous enseigne qu’il est souvent difficile de trouver, dans la cour, quelqu’un qui ait le courage de crier haut et fort : «  le roi est nu ». Chez nous, il n’y a de situation plus complexe que celle qui équivaut à une dénonciation d’une insuffisance en matière politique. Qu’il s’agisse d’une fin de règne ou pas, l’atmosphère actuelle doit être observée, par le peuple, avec l’œil de la clairvoyance. Les conflits les plus cités de l’histoire, notamment les deux guerres mondiales, aussi tragiques soient-elles, ont pu permettre à l’occident de bénéficier d’un ressourcement purificateur. Mais le peuple sénégalais peine à faire une lecture assez correcte des événements auxquels il fait face. A quoi bon continuer à revendiquer une nouvelle conscience en matière de gouvernance si l’on ne sait que faire du proxénétisme politique qui sévit depuis des lustres ?

 En attendant, l’histoire politique de ce pays retiendra « ses deux jeudi de lutte contre une forme d’entorse à la démocratie » : Le régime libéral a eut « sa journée du jeudi 23 juin 2011 », celle de Macky Sall son fameux « jeudi 19 avril 2018 », avec leurs lots de contestations et de conflits. Que le peuple juge les deux à leur juste valeur, au risque de rejoindre ceux qui, comme le disait un leader politique sénégalais, peinent à tirer des leçons d’un événement pour prendre les décisions qui s’imposent. En attendant, le remue ménage au sein de l’opposition continue.   

Maam Cheikh

Chroniqueur

Senpresse.Com

 

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